jeudi 11 avril 2013

Sur le bord d'un étang bleu il y avait un âne…



Sans doute titillée par un démon farceur dominical, Suzanne fait remarquer à la blogueuse-sans-nom qu'elle a eu tort d'écrire : « C'est là où le bats blesse un peu », dans la mesure où l'orthographe correcte du mot employé est bât. (Elle aurait pu, d'un même mouvement, lui signaler que “là où” est un pur pléonasme et que “là que” aurait été pleinement satisfaisant, mais passons.) Avec cette amusante particularité psychique qui la caractérise – et fait les délices de ses lecteurs, dont votre serviteur –, au lieu de corriger simplement son erreur somme toutes anodine, la donzelle entre en crise de tétanie mentale ; puis, les membres agités de violents et incontrôlables soubresauts, répond ainsi à ce qu'elle considère visiblement comme un outrage (à part la mise en italique, j'ai respecté scrupuleusement la forme de ce qui suit) :

On ne va pas recommencer la dialectique du fond/ forme. C'est fatiguant. Bien entendu que chacun fait des fautes, on le sait.
Il n'empêche que je m'étonne qu'une personne aussi cultivée que vous puisse ne pas connaître l'orthographe "bats", qui est l'orthographe originale de bât ( vous ne savez pas que l'on a utilisé l'accent circonflexe afin de remplacer des "s" qui devenaient inutile, pas glissement linguistique de l'évolution de la langue?)
Ayant été très tôt en contact avec des textes dont on n'avait pas encore épuré la langue en la modernisant (du moyen-âge au XVIIIème siècle), j'ai donc dû employé cet orthographe sans m'en rendre compte.
Bast est devenu bats puis bât, définitivement.
Cela valait-il un commentaire de votre part?
Pardon d'avoir été un peu trop conservatrice dans mon emploi de ce mot, mais on va le conserver tel quel, histoire d'enrichir un peu tous les réacs qui viennent ici le nez bouché, un peu d'histoire du Français ne fait pas de mal, non?

Chaque ligne de ce commentaire est à savourer lentement et plusieurs fois, la dame s'y peint en pied et, ce faisant, atteint dans la cocasserie à l'irrésistible. 

Que bât vienne de l'ancien bast, c'est en effet avéré. Sauf que, bien entendu, comme le veut le très banal “glissement linguistique de l'évolution de la langue”, on est passé directement de celui-ci à celui-là, sans passer par l'épisode du “s” sauteur auquel, dans sa rage d'auto-justification, la malheureuse nous demande de croire sur parole. Il va tout autant de soi que jamais un accent circonflexe n'est venu se substituer à un “s” qui ne suivait pas immédiatement la voyelle qu'il chapeaute (hospital ---> hôpital, maistre ---> maître, etc.)

On atteint presque au comique de Molière dans le paragraphe suivant, lorsque la femme savante se fait précieuse ridicule pour tenter de nous persuader qu'il lui arrive couramment, dans ses moments de moindre concentration et du fait d'une trop grande intimité avec elle, d'employer la langue du XVIIIe siècle : ce que c'est que d'être distraite et cultivée, tout de même…

Mais enfin, elle a raison : un peu d'histoire du français (sans majuscule initiale…) ne fait jamais de mal.

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