jeudi 11 avril 2013

Liqueur de prune japonaise ou les charmes de la civilisation




Adrien nous est arrivé hier de Tokyo (via la Franche-Comté et le cloaque marseillais : comprenne qui peut) avec ceci : une bouteille de liqueur de prune, spécialité niponne. Comme notre soirée fut franco-française (Gewurztraminer, chablis, côtes de Nuits…), nous laissâmes en paix cette fille du Soleil levant.

En revanche, ce soir, j'ai proposé à Catherine d'y goûter ; ce qui, sous couvert d'ouverture-à-la-culture-de-l'Autre bien dans l'air du temps, était une excellente excuse pour se poivrer un peu les naseaux. Poivrage raisonnable : le breuvage est des plus doux en alcool (12° avons-nous cru déchiffrer sur l'étiquette). Le goût est surprenant, car, au premier contact avec les papilles, ce qui frappe est l'acidité ; or, nous ne sommes guère habitués, sous nos latitudes, aux alcools acides – déclenchant, à la première gorgée, exactement les même fourmillements dans les maxillaires qu'une giclée de citron vert.  Or, je viens d'apprendre que, du citron vert, précisément il y avait – en plus de la prune qui fournit l'excuse principale à l'alcoolisation douce du consommateur.

Il y a autre chose : la bouteille renfermant ce breuvage extrême-oriental est d'une élégance parfaite (beaucoup plus que la seule que j'ai pu trouver sur internet, je vous en demande excuse), ainsi que la boîte la contenant ; c'est évidemment à ce genre de détail que l'on repère une grande civilisation, une nation supérieure : capacité à produire de la beauté inutile, pour le simple plaisir de le faire, par déférence envers l'inconnu qui va sortir quelques yens de sa poche pour acquérir l'objet.

Les peuples qui boivent autre chose que du thé à la menthe et du lait de chèvre tourné, et sont en outre capables de vous présenter les choses avec une discrète élégance, ces peuples-là méritent respect et considération.

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